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Escher, maître des paradoxes, à la Monnaie de Paris

Par Alexandre Martin · 28 février 2026
Affiche de l'exposition M.C. Escher à la Monnaie de Paris
Affiche de l'exposition « M.C. Escher », Monnaie de Paris, 15.11.25 – 01.03.26.
Plakat der Ausstellung „M.C. Escher“, Monnaie de Paris, 15.11.25 – 01.03.26.

À la Monnaie de Paris, l'univers fascinant de M.C. Escher s'ouvre au public du 15 novembre 2025 au 1er mars 2026, à l'occasion d'une vaste rétrospective réunissant plus de 150 à 200 œuvres du maître néerlandais des illusions. Une première à Paris pour cet artiste unique, dont l'influence continue de marquer profondément l'art contemporain et la pop culture.

Dans les salles du bâtiment de la Monnaie de Paris, la foule s'amasse. Difficile de circuler entre les visiteurs : autant d'adultes curieux que de jeunes fascinés venus découvrir cet univers d'escaliers impossibles et de perspectives infinies. Si certains connaissent déjà ses images iconiques et viennent en savoir plus sur son parcours, d'autres les découvrent pour la première fois. Pourtant, tous semblent happés par ces œuvres qui défient l'œil.

Un artiste singulier

Il faut dire que « singulier » est un euphémisme pour décrire Maurits Cornelis Escher. Né en 1938 aux Pays-Bas, il est d'abord un élève qui se distingue plus par son talent de dessinateur que par ses notes. Après avoir abandonné ses études d'architecture, il se tourne vers les arts décoratifs et la gravure sur bois. Mais ce sont ses voyages à travers le monde qui ont influencé son œuvre, davantage que ses études. Les paysages italiens et les architectures maures de l'Alhambra éveillent sa fascination pour les motifs géométriques, et c'est de là que naissent les structures et les paradoxes spatiaux qui caractérisent ses travaux, à mi-chemin entre l'art et les mathématiques, et ce presque exclusivement en noir et blanc.

Son œuvre, marquée par des représentations de l'infini et des paradoxes mathématiques, ne peut être rattachée à aucun courant artistique précis. L'exposition a judicieusement opté pour une présentation chronologique des œuvres, plutôt que de mettre en avant les pièces les plus connues de son répertoire (comme Autoportrait dans un miroir convexe). Une décision salutaire, qui évite l'effet « best-of » et permet de comprendre l'évolution progressive de son langage visuel. On découvre d'abord ses représentations réalistes de paysages, avant de s'immerger progressivement dans ces infinis labyrinthiques caractéristiques de la seconde moitié de sa vie.

La Monnaie de Paris en noir et blanc

Les salles néoclassiques de la Monnaie de Paris se sont parées de murs gris et de sols à damier pour l'occasion. La scénographie est soignée, peut-être même un peu trop ordonnée pour un artiste qui a bâti sa réputation sur la désorientation. « Avec Escher, on aime être un peu perdue », remarque une visiteuse. « Là, tout est linéaire. »

Les panneaux détaillent les procédés techniques (effet Droste, triangle de Penrose…) et cette pédagogie est l'un des points forts du parcours. Certains s'avancent pour observer les détails, d'autres reculent pour tester l'illusion. Nombreux sont ceux qui sortent leur téléphone afin de photographier les œuvres avec minutie, cherchant l'angle parfait pour recréer l'effet qui les fascine à l'œil nu. Les plus jeunes s'enthousiasment devant les dispositifs interactifs. « C'est génial, [mon fils] est aussi intéressé que moi », s'exprime une mère.

Les animations numériques des œuvres d'Escher, en revanche, sont regrettables, d'autant qu'elles accueillent le visiteur dès l'entrée de l'exposition. En cherchant à mettre ses compositions en mouvement, elles en atténuent leur force première : l'immobilité. Chez Escher, c'est le regard qui crée le mouvement, pas l'image elle-même. Ses gravures n'ont jamais été conçues pour être animées, et cette transposition numérique en modifie sensiblement l'expérience.

Une influence transmédiatique

La fin de l'exposition, baptisée « Eschermania », est en revanche un choix payant fait par les commissaires. Car bien qu'il ait disparu en 1972, l'influence d'Escher n'a jamais été aussi retentissante qu'aujourd'hui. Même ceux qui ne sont pas familiers avec son nom ont déjà croisé ses images, reprises et détournées dans une multitude de médiums : affiches, pochettes d'albums, clips musicaux, cinéma, jeux vidéo ou encore street art. Cette section de l'exposition, répartie sur plusieurs salles, est consacrée aux œuvres qui rendent hommage à l'artiste. L'idée est pertinente et permet de mesurer concrètement l'empreinte laissée par Escher sur la création contemporaine.

La sélection semble toutefois inégale sur le plan chronologique, notamment dans le domaine cinématographique : des œuvres récentes telles que Squid Game ou Une nuit au musée prédominent, tandis que l'absence de Suspiria (1977) de Dario Argento se fait particulièrement ressentir, alors que ce film fait un hommage saisissant au langage visuel d'Escher. À l'inverse, les pochettes d'albums présentées se concentrent sur des exemples plus anciens, tandis qu'aucun album datant d'après 1990 n'est visible.

Cette rétrospective sur Escher n'en reste pas moins une réussite. Alors que la foule ne semble pas diminuer une fois dans la boutique de souvenirs, le bilan est similaire chez tous les visiteurs : « il y avait beaucoup de monde mais c'était fascinant ! »

Die Monnaie de Paris zeigt vom 15. November 2025 bis zum 1. März 2026 eine große Retrospektive über Maurits Cornelis Escher, die mehr als 150 bis 200 Werke des niederländischen Meisters der Illusionen vereint. Eine Premiere in Paris für diesen eigenwilligen Künstler, der die zeitgenössische Kunst und die Popkultur immer noch tiefgreifend prägt.

In den Sälen der Monnaie de Paris herrscht großer Andrang. Es ist schwierig, sich zwischen den Besuchern zu bewegen: viele neugierige Erwachsene wie auch faszinierte Jugendliche sind gekommen, um dieses Universum aus unmöglichen Treppen und unendlichen Perspektiven zu entdecken. Einige kennen seine ikonischen Bilder bereits und möchten mehr über seinen Werdegang erfahren, andere sehen sie zum ersten Mal. Alle scheinen von diesen für das Auge herausfordernden Werken in den Bann gezogen.

Ein eigenwilliger Künstler

„Eigenwillig" beschreibt M.C. Escher nur unzureichend. Geboren 1898 in den Niederlanden, fällt er als Schüler eher durch sein Zeichentalent auf. Nach gescheiterten Architekturstudien wendet er sich dem Kunstgewerbe und dem Holzschnitt zu. Entscheidender als seine Ausbildung sind jedoch seine Reisen: Italienische Landschaften und die maurischen Ornamente der Alhambra wecken seine Faszination für geometrische Muster. Daraus entstehen jene Strukturen und räumlichen Paradoxien, die sein Werk zwischen Kunst und Mathematik prägen und das nahezu ausschließlich in Schwarz und Weiß.

Sein Werk, geprägt von Darstellungen des Unendlichen und mathematischen Paradoxien, lässt sich keiner konkreten künstlerischen Bewegung zuordnen. In der Ausstellung wurde klugerweise eine chronologische Präsentation der Werke gewählt, anstatt die bekanntesten Stücke seines Repertoires (wie Selbstbildnis im Kugelspiegel) in den Vordergrund zu stellen. Eine begrüßenswerte Entscheidung, die den „Best-of"-Effekt vermeidet und es ermöglicht, die schrittweise Entwicklung seiner Bildsprache zu verstehen. Zunächst begegnet man seinen realistischen Darstellungen von Landschaften, bevor man immer mehr in jene labyrinthischen Unendlichkeiten eintaucht, die für die zweite Hälfte seines Lebens charakteristisch sind.

Die Monnaie de Paris in Schwarz-Weiß

Die neoklassizistischen Säle der Monnaie de Paris wurden für diesen Anlass mit grauen Wänden und Schachbrettböden ausgestattet. Die Szenografie ist sorgfältig gestaltet, vielleicht sogar etwas zu geordnet für einen Künstler, der seinen Ruf auf Desorientierung aufgebaut hat. „Bei Escher verliert man sich gern ein bisschen", meint eine Besucherin. „Hier ist alles linear."

Die Tafeln erläutern die technischen Verfahren (Droste-Effekt, Penrose-Dreieck …), und diese pädagogische Herangehensweise ist eine der Stärken des Rundgangs. Einige treten näher heran, um Details zu betrachten, andere gehen zurück, um die Illusion zu testen. Viele zücken ihr Handy, um die Werke sorgfältig zu fotografieren und den perfekten Winkel zu finden, der den Effekt reproduziert, der sie mit bloßem Auge fasziniert. Die Jüngeren zeigen sich begeistert von den interaktiven Stationen. „Das ist großartig, [mein Sohn] ist genauso interessiert wie ich", sagt eine Mutter.

Die digitalen Animationen von Eschers Werken hingegen sind unglücklich, zumal sie den Besucher gleich zu Beginn der Ausstellung empfangen. Indem sie versuchen, seine Kompositionen in Bewegung zu setzen, schwächen sie deren eigentliche Stärke: ihre Unbeweglichkeit. Bei Escher erzeugt der Blick die Bewegung, nicht das Bild selbst. Seine Grafiken wurden zudem nicht mit dem Ziel geschaffen, animiert zu werden, und diese digitale Umsetzung verändert die Erfahrung spürbar.

Ein transmedialer Einfluss

Der letzte Teil der Ausstellung, Eschermania, ist hingegen eine gelungene Entscheidung der Kuratoren. Obwohl er 1972 starb, ist Eschers Einfluss heute so stark wie nie. Selbst wer mit seinem Namen nicht vertraut ist, ist seinen Bildern bereits begegnet, die in zahlreichen Medien aufgegriffen und abgewandelt wurden: Comics, Albumcover, Kino, oder Werbungen. Dieser Abschnitt, der sich über mehrere Räume erstreckt, ist solchen Werken gewidmet, die dem Künstler Tribut zollen. Die Idee ist überzeugend, da sie den nachhaltigen Einfluss Eschers auf die zeitgenössische Kreativität konkret sichtbar macht.

Dennoch wirkt die Auswahl zeitlich unausgewogen, besonders im Filmbereich: Neuere Werke wie Squid Game oder Night at the Museum dominieren, während das Fehlen von Suspiria (1977) von Dario Argento auffällt, obwohl dieser Film Eschers Bildsprache eindrucksvoll aufgreift. Umgekehrt konzentrieren sich die vorgestellten Plattencover auf ältere Beispiele wie Road to Escher der italienischen Jazz-Rock-Gruppe Bauhaus, wobei kein Album über das Jahr 1990 hinausgeht.

Diese Retrospektive über Escher bleibt dennoch ein Erfolg. Während die Besucherzahl auch im Museumsshop nicht abzunehmen scheint, ist das Fazit bei allen ähnlich: „Es war sehr voll, aber es war faszinierend!"